Animateur : Philippe Guignard, webmaster de la BNF.
Intervenants : Armando Menicacci de l’association Anomos, Maxence Rey, de Mains d’œuvre, Julien Chevy d’Arpact, Michel Jaffrenou, artiste multimédia et Jean-Paul Fourmentraux, sociologue.
La création numérique nous oblige à ré-examiner la définition d’une œuvre d’art.
En aval de sa création, elle appelle une collaboration du public ; en amont, l’œuvre numérique est le fruit de deux savoir-faire hybrides. Mais selon quelles modalités, artistes et informaticiens collaborent-ils aujourd’hui ?
Selon Michel Jaffrennou, il n’y a pas vraiment lieu d’examiner ces nouvelles modalités car le réalisateur fait la médiation entre technique et art. Cependant, quand la figure du réalisateur n’est pas présente, le couple artiste/programmeur est face à ces différences.
En exergue à son analyse, Jean-Paul Fourmentraux a rappelé que « les arts ont toujours eu une relation étroite avec la technique ou avec le métier, mais cette constante n’a pas bénéficié au cours du temps de la même valorisation et l’on a assisté à une sorte de mouvement pendulaire fait de rejet et de retour de la technique. Aujourd’hui nous entrons dans une phase de reconnaissance du rôle des "savoir-faire techniques".
Le travail demandé à l’informaticien est, de plus en plus, un travail intellectuel. Son statut se trouve ainsi modifié par rapport à celui d’un artisan "même si ce dernier pouvait déjà mettre à la disposition de l’artiste des connaissances ou des recommandations d’ordre conceptuel".
À l’inverse des partenariats traditionnels qui mobilisaient un artiste, maître d’œuvre, et un technicien exécutant, les coopérations à l’œuvre numérique enrôlent l’artiste et l’informaticien à part égale dans deux formes d’écriture parallèles : l’écriture de l’algorithme de programmation et l’écriture de l’idée du concept, artistique. "On assiste à une perméabilité des responsabilités et à
une pénétration réciproque des compétences".
Si l’œuvre est inséparable du média qui la fonde et qui la structure, le programme, lui, est un intermédiaire transposable et réutilisable. Par formation, un informaticien n’est pas attaché à l’œuvre unique que pourrait souhaiter un artiste et il se résigne mal à un programme qui ne sert qu’une fois. Ici se pose à nouveau la question de la définition de l’œuvre et de son appropriation tant symbolique que juridique.
Les schémas traditionnels de partenariat entre artiste et technicien qui impliquaient des relations de subordination, faisant de l’artiste le créateur et de l’artisan l’exécutant sont largement remis en cause.
Au fond, « tout le monde est au service de l’œuvre » qui se fait multidimensionnelle
et appelle un nouveau rapport à un public "d’une typologie encore assez indéfinie". Des lieux comme Mains D’œuvres (www.mainsdoeuvres.org), lieu réel, et Arpact, lieu virtuel sur le web, aident à la création de l’œuvre en amont et en aval : ils permettent la rencontre de créateurs, ainsi que la rencontre entre l’œuvre et son public.