Créée en 1975, l’Association Régionale d’Information et d’Action Musicale en Ile-de-France est associée à la politique culturelle de la région Île-de-France, en partenariat avec l’État. Sa mission est double :
Informer, orienter, conseiller, grâce à une équipe de professionnels spécialisés en musiques (classique, baroque, chorale, improvisation, traditionnelle, musiques actuelles, hip-hop…) et danses (traditionnelles et hip-hop), mais aussi un site Internet, des publications, un annuaire, des partitions, un parc de matériel instrumental…
Créer, expérimenter, former, en organisant des rencontres professionnelles, des actions autour de la création et de l’improvisation, un accompagnement de projets, de la formation continue…
En savoir plus
Conseiller artistique hip-hop est un nouveau métier que Vincent Gauguain exerce à l’Ariam Île-de-France depuis 2007. Preuve que les choses bougent aussi dans ce domaine entre les institutions et le hip-hop…
Dans le cadre de son projet culturel et de ses missions, l’Ariam Île-de-France a élargi son champ de compétences en janvier 2007 avec la création de deux nouvelles missions permanentes à travers le recrutement d’un "conseiller artistique pour les musiques actuelles" et d’un "conseiller artistique hip-hop" (musiques et danses).
Le métier de "conseiller artistique hip-hop" est inédit en France. En effet, bien que l’on trouve des postes de chargé(e) de mission ou de référent en "danses urbaines" au sein de certaines structures à compétences territoriales ou d’État (ex : musiques et danses en Limousin ou Artel 91 [1], Drac [2]…), c’est la première fois qu’un poste permanent porte officiellement le terme "hip-hop" marquant ainsi une réelle considération artistique, pédagogique et culturelle pour les arts musicaux de la culture hip-hop au niveau institutionnel.
L’ouverture d’esprit et la volonté d’innovation de la direction de l’Ariam, la place prise aujourd’hui par les pratiques artistiques et pédagogiques hip-hop en Île-de-France et sur le territoire national, l’opportunité de répondre aux besoins de qualification, certification, préparation aux diplômes, notamment dans des domaines artistiques "émergents" où les possibilités d’emploi sont fortes et avérées, ont été des éléments forts pour faire valider l’embauche d’un "conseiller artistique hip-hop" auprès du conseil d’administration de l’Ariam.
Les missions du "conseiller artistique hip-hop"
Dans un premier temps, devant le caractère innovant du poste, il s’est agi de se faire connaître auprès des acteurs, artistes et pédagogues des structures et réseaux départementaux en musiques et danses ainsi que des institutions culturelles et socioculturelles œuvrant dans le champ des arts hip-hop afin qu’ils puissent identifier les missions et les compétences nouvelles que développe l’Ariam.
Information et formation
La saison 2007-2008 a permis de proposer une dizaine d’actions d’information et de formation à destination des professionnels encadrant les pratiques amateurs et aux professionnels de la fonction publique territoriale.
Pour cette première saison, la majorité des actions dans lesquelles s’est impliquée l’Ariam a été le soutien et l’accompagnement de projets artistiques et pédagogiques portés par des acteurs hip-hop franciliens ainsi qu’à des projets portés par des structures liées à des institutions culturelles, de jeunesse ou sociales.
En effet, les acteurs hip-hop sont souvent à l’origine de projets novateurs en matière de pédagogie et connaissent très bien les caractéristiques singulières des pratiques professionnelles et amateurs ainsi que des publics auxquels s’adressent leurs projets.
Une formation pour les artistes/pédagogues en danses hip-hop
L’Ariam Île-de-France – avec le soutien appuyé de la Région Île-de-France – organise une formation professionnelle d’artistes/pédagogues en danses hip-hop de 210 heures entre octobre 2008 et février 2009 en très étroite relation avec les acteurs et artistes hip-hop et les structures culturelles liées aux institutions. Cette formation professionnelle s’adresse aux danseurs/pédagogues en activité, aux chorégraphes et danseurs professionnels, aux danseurs hip-hop en recherche d’emploi qui souhaitent se professionnaliser en pédagogie, aux danseurs hip-hop autodidactes souhaitant se perfectionner et se professionnaliser.
La formation se répartit en quatre modules :
histoire et sociologie de la culture et des danses hip-hop ;
corps et santé publique ;
environnement administratif et juridique des pratiques artistiques et pédagogiques ;
les danses hip-hop.
Un des objectifs de la formation est de favoriser la professionnalisation des intervenants pédagogues et artistes hip-hop de la région Île-de-France et d’assurer leur reconnaissance par leurs employeurs.
En savoir plus
De plus, cela permet de garantir une forme d’autonomie dans le développement des pratiques artistiques du hip-hop en étant le plus près possible des réalités du terrain et de ses acteurs, sans oublier "l’esprit".
Tout le challenge consiste à créer une forme de "référentiel" artistique, pédagogique et technique, tout en préservant la part d’improvisation et de liberté qui nourrit intrinsèquement "l’esprit" qui entoure les musiques et les danses hip-hop.
Conscients des réalités du terrain et devant l’échelle territoriale que représente la région Île-de-France, la conception et la réalisation des actions hip-hop proposées par l’Ariam ne pourraient se faire sans la mise en réseaux et la création de nouveaux partenariats afin de répondre aux demandes et besoins nouveaux qu’impliquent l’émergence forte des pratiques hip-hop. Ces partenariats artistiques et pédagogiques se font sous forme d’accompagnement et de soutien aux projets pédagogiques des structures hip-hop au niveau artistique, pédagogique et financier. Cela implique la concertation, la co-construction, la transversalité, la synergie…
À travers ces différentes actions structurantes, se dégage une volonté affirmée de permettre une harmonisation des compétences professionnelles au service des acteurs, artistes, pédagogues, médiateurs culturels et socioculturels, responsables de services institutionnels, élus, professionnels, amateurs et publics s’inscrivant dans le champ des "cultures urbaines" pour ne pas dire hip-hop…
En cohérence avec le projet culturel de l’Ariam dans le cadre de sa convention d’objectif, la mise en réseau des différents acteurs du hip-hop permet à chaque partenaire d’avoir une vision globale à l’échelle de la région et de constituer des bases de données en termes d’information, de conseils et de formations destinés aux professionnels et amateurs.
Il reste cependant à encore mieux identifier les publics, même si de nombreuses enquêtes sociologiques montrent, depuis plus de quinze ans, l’impact grandissant dans la vie quotidienne, culturelle et sociale que représente aujourd’hui le hip-hop à travers tous ses modes d’expressions artistiques.
Un rôle de médiateur
Le métier de "conseiller artistique hip-hop" à l’Ariam, outre un niveau d’études supérieures et une expérience de terrain autodidacte et professionnelle, demande polyvalence et souplesse :
La polyvalence à travers la connaissance et les compétences artistiques et pédagogiques des arts hip-hop, mais surtout être sensible à "l’esprit" et aux valeurs qui entourent ces pratiques. En effet, pour les acteurs et artistes hip-hop , le respect de ces conditions est primordial avant d’engager un quelconque partenariat sur du long terme (crainte de récupération ou d’instrumentalisation). De plus, la maîtrise des dispositifs institutionnels territoriaux ou d’État appliqués aux arts hip-hop et aux "cultures urbaines" est incontournable, ce qui demande une très bonne connaissance de l’environnement politique et budgétaire institutionnel.
La souplesse. Il s’agit de savoir faire le grand écart ! En effet, de par ses fondements historiques et sociologiques, le lien entre les acteurs hip-hop et les institutions françaises n’est pas forcément quelque chose d’acquit, loin s’en faut ! Il faut parfois avoir la tête et les épaules bien solides ! C’est la rencontre du 3ème type entre deux mondes…
Toute la subtilité est de parvenir à faire se rencontrer, échanger et construire ensemble, entre professionnels et amateurs, entre artistes/pédagogues et les publics, entre des structures autonomes et des structures institutionnelles, entre des egos et des enjeux… En essayant d’être au plus proche des attentes et besoins du terrain, et des attentes et des exigences des institutions.
Donner du temps et du sens
Une des difficultés majeures rencontrées tient souvent à la problématique du temps et du sens des actions mises en œuvre entre "terrain" et "institution" :
Le "temps" de l’institution – organisé autour des échéances de commissions de travail et d’expertises, de traitements de dossiers ou d’élections – s’inscrit de manière linéaire sur du plus ou moins long terme (en fonction de la durée du mandat électoral, mi-mandat…).
Le "temps" du hip-hop s’inscrit dans le moment présent et dans l’improvisation voire dans l’urgence…
Ces problématiques sont souvent à l’origine d’incompréhensions dans les partenariats entre "terrain" et "institutions", bien que de plus en plus d’acteurs hip-hop en voie de professionnalisation se forment à la relation aux institutions… Et deviennent des professionnels !
Petit à petit les professionnels des institutions territoriales et d’État tendent une oreille attentive aux remous et aux vibrations nées de la rue et devenues des arts d’excellences…
Pour les acteurs hip-hop "le sens" de chaque action doit répondre à "l’esprit" et aux valeurs du hip-hop dans un souhait d’épanouissement et de considération individuelle et de cohésion du crew (groupe, famille…) avec souvent une demande de reconnaissance artistique de leur pratique et de leur identité, bien que certains producteurs ou structures dits "hip-hop" ou "urbains" fassent fi de ces considérations ayant une logique économique à défendre…
Jusqu’à présent les institutions françaises donnent un sens social et d’intégration républicaine de certaines populations dites "immigrées", "en difficulté" ou "difficiles" dans le cadre de dispositifs politiques, souvent dans le cadre de la politique de la ville. Ce qui entraîne quelquefois des débats virulents au sein des acteurs du "mouvement" et avec les institutionnels, eux-mêmes, parfois éloignés des réalités !
Le rôle du "conseiller artistique hip-hop" est de développer une forme de médiation culturelle et artistique, entre la volonté des acteurs hip-hop et la volonté politique, c’est parfois très délicat et demande des qualités de diplomatie et de pédagogie, dans la limite de l’intégrité et de l’esprit hip-hop !
Vincent Gaugain pour Passeurs de culture
Contact : vincent.gaugain@ariam-idf.com