>> Éditorial
Chantal DAHAN, Responsable du Pôle Culture de l’INJEP
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Nous avons choisi de présenter dans ce numéro 7 des rencontres que nous avons organisées à l’INJEP en juin dernier autour des danses issues de la culture hip-hop. Nous avons en effet jugé pertinent de livrer les réflexions des institutions et des acteurs du mouvement sur ces pratiques pour introduire le nouveau volet des rencontres de l’hiver à l’été « les pratiques artistiques des jeunes : mieux connaître pour mieux accompagner » qui commence cet hiver. De
plus, c’est l’occasion de faire le bilan de trois années d’université d’été organisées à l’INJEP et consacrées aux danses hip-hop. Qu’en est-il aujourd’hui de la relation du mouvement hip-hop avec l’institution ? Qu’en est-il de la diffusion de cet art, comment préserver cette spécificité qui fait son identité même ?
Le ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative et l’INJEP sont particulièrement attentifs à la culture hip-hop et à ses différentes composantes artistiques à travers lesquelles beaucoup de jeunes s’expriment. C’est pourquoi ils soutiennent ces pratiques réellement populaires depuis plus d’une vingtaine d’années. Au pôle culture de l’NJEP, nous travaillons particulièrement sur les danses issues de cette culture. Lors de cette université d’été de juin 2006, nous avons souhaité faire un point pour mieux comprendre comment nous, institutions, pourrions mieux accompagner les acteurs du mouvement. Nous avons privilégié deux aspects, celui de la transmission et celui de l’organisation du hip-hop sur les territoires.
La difficulté d’être reconnue comme expression artistique
à part entière n’a pas empêché cette culture d’influencer tous les secteurs, notamment ceux de la danse, de la musique, de la chanson, et de l’expression visuelle, comme ont pu le faire en leur temps le jazz ou le blues. Ces derniers sont nés dans un contexte similaire à celui du hip-hop, celui d’une culture minoritaire issue du ghetto, construite sur un rapport de domination ; aujourd’hui ils appartiennent au patrimoine mondial, ce qui arrivera sans doute au hip-hop,
c’est la loi du genre.
Nous ne sommes pas là pour nous demander si la culture hip-hop est un art majeur ou un art mineur. Qu’on le veuille ou non, c’est un art contemporain qui possède un véritable langage et qui apporte un incontestable renouveau dans le monde de l’art. Issu des couches populaires, il a été trop souvent associé et réduit à une dimension sociale, alors que s’il y prend effectivement sa source, il a avant tout construit une nouvelle esthétique dans laquelle, peu ou prou, nous baignons tous aujourd’hui.
Sa spécificité qui est de conjuguer le social, le culturel
et l’artistique et qui doit être préservée à tout prix
pour garder au mouvement force et vigueur, convoque l’institution là où elle ne sait pas faire. En effet, si l’institution sait instrumentaliser, financer selon des critères préétablis qui segmentent les domaines, elle ne sait pas accompagner ces formes populaires dans leur globalité.
Qu’en est-il aujourd’hui de la relation du mouvement hip-hop avec l’institution ? Qu’en est-il de la diffusion de cet art, comment préserver cette spécificité qui fait son identité même ? La réponse est dans le camp des acteurs de ce mouvement qui sont devant la nécessité de se structurer pour imposer leurs propres critères et inventer une autre relation au politique.
Un autre aspect essentiel concerne la transmission de ces danses aux jeunes générations qui arrivent dans un autre contexte et qui sont, de fait, vierges de la mémoire, de l’histoire du mouvement, de ses valeurs, de ce qui lui a donné naissance et qui lui donne sens. Comment former des danseurs sans s’appuyer sur la seule technique pour ne pas se couper des racines du mouvement ? Le pôle culture est bien conscient de la nécessité de qualification des danseurs qui ont à la fois la responsabilité de jeunes et de l’avenir du mouvement. C’est la troisième année que nous organisons une université d’été qui regroupe des formateurs de toute la France que nous mettons notamment au contact des « anciens » du mouvement pour que la transmission intergénérationnelle se fasse. Ce n’est pas simple, surtout en l’absence d’un diplôme national qui fragilise leur positionnement, ils sont en majorité animateurs et plus rarement intermittents.
Comment alors garantir la qualité des intervenants choisis pour encadrer des cours destinés souvent à de très jeunes ? Il est de la responsabilité des employeurs, associations et collectivités territoriales de se poser cette question et de trouver ensemble les moyens d’y répondre.
Nous sommes délibérément tournés vers l’avenir du hip-hop, en espérant que toutes les énergies qui le constituent arriveront un jour à se structurer pour imposer leurs propres valeurs et devenir un véritable interlocuteur des institutions dont nous sommes et dont, je crois, le rôle essentiel est de l’accompagner et non pas de se substituer à lui.
>> Sommaire
Les danses hip-hop et l’institution : regards croisés
• De la découverte à la diffusion : les grandes étapes de la prise en compte du hip-hop par les politiques publiques
Regard de programmateur, Philippe Mourrat
Regard d’acteur, Jean Djemad
• Structuration des acteurs et enjeux sur le territoire, Hugues Bazin
• Forum d’idées
L’avenir des relations entre les collectivités territoriales et le mouvement hip-hop, Dieynébou Fofana
• Expériences
La Fédération hip-hop des Vosges : les forces et les limites d’une initiative innovante
Mobiliser des lieux de diffusion pour mieux s’inscrire dans un territoire : le festival Danse hip-hop Tanz
La transmission : enjeux et difficultés
Des diplômes pour les formateurs hip-hop : de la réflexion aux propositions de qualification
L’approche du ministère de la Culture, Anne Minot
• Étude nationale sur les formations pour formateurs en danse hip-hop Forum d’idées, Valérie Aïello
• Forum d’idées
Quelle transmission aujourd’hui ? Dieynébou Fofana
• Expériences
Une formation interdépartementale (Essonne/Seine-et-Marne) pour qualifier les intervenants et structurer l’emploi
Danses urbaines, des « outils pour transmettre » en Limousin
Formation de formateurs en danse hip-hop en Val-d’Oise
L’improvisation et la créativité en danse hip-hop : des outils pédagogiques en Provence-Alpes-Côte d’Azur et en Languedoc-Roussillon
• Les universités d’été de l’INJEP consacrées aux danses hip-hop